Jeudi 9 avril 2009
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Aujourd'hui, il fait un temps de chiotte sur New York. C'est pas pour être grossière, mais de la neige, en avril, quand même, y'a d'l'abus. Enfin, je dis de la neige, n'allez pas imaginer une
tempête déchaînée comme aux premiers jours de février, hein, c'était plutôt des micro-flocons. Mais c'est pour le principe: zut, enfin quoi, je vais les mettre quand mes robes de japonaise?
Vous me direz: mais que faisais tu dehors au lieu de travailler (feignasse)? C'est que ce matin, j'avais rendez-vous avec Tina, qui partage son temps de travail entre le Met et les Cloisters. Là, j'entends les incultes dire: quoi? Les Clusters (de Nestlé)? Elle est dans la céréale, maintenant? Eh bien non, les Cloisters sont une section du Metropolitan consacrée à l'art médiéval, et comme on s'en doute, les églises, les abbayes, et les cloitres (d'où le nom).
Cet endroit extraordinaire, bâti dans les années 30 (de notre siècle, hein), abrite des portions de quatre cloitres arrachés à la mère patrie, à savoir Saint Michel de Cuxa, Saint Guilhem le Désert, Bonnefont en Comminges, Trie en Bigorre, et Froville (des noms qui sentent le terroir). D'ailleurs, à ce sujet, quiconque a lu "Le club des cinq et le coffre aux merveilles" a en mémoire la description à peine chauvine des vilains américains vulgaires qui volent les précieux monuments de la vieille Europe, je vous conseille à tous la lecture de ce chef d'oeuvre immortel d'Enid Blyton.
Pour en revenir à notre sujet, j'ai vraiment adoré, d'abord parce que le musée est situé au milieu d'un parc lui même à l'extrémité nord de l'île de Manhattan, coincé entre l'Hudson et l'East River, et que la marche d'approche réveille des instincts de moine solitaire; ensuite, parce qu'il dégage vraiment une ambiance très particulière, et en plus le matin, quand la foule des sales touristes (rôôô) n'est pas encore arrivée, on a le musée et ses mille trésors pour soi.
Et donc, j'avais rendez vous avec Tina, la bibliothécaire, qui m'a présenté son fellow librarian (la bibliothèque est petite, donc ils ne sont que deux) et nous avons fait le tour du musée. Dans les salles, bien sûr, où j'ai pu repérer une spendide cage d'escalier en bois sculpté piqué à Abbeville, la tapisserie de la chasse à la licorne et une annonciation pas piquée des vers, mais aussi dans les coulisses de l'institution. Et c'est là que j'ai su: je veux, plus tard, être conservateur des Cloisters. Quoi, me dites vous, mais toi qui aimais tant l'art romain, te voilà à fond dans le médiéval (gourde)? Non, mais c'est juste qu'on a pu visiter le bureau du directeur, dans la tour, là,
au dernier étage, et qu'il doit bien avoir 50m2 de bureau, bien chauffés, avec vue sur les deux fleuves, et notamment la rive d'en face qui avait été achetée par Rockefeller (un des mécènes du musée) pour justement avoir une belle vue. C'est original, non? "J'achète un terrain, mais j'achète aussi tous les terrains dans un rayon de 300 km, comme ça je suis sûr d'avoir une belle vue pour toujours..." J'en parlerai à mon cheval, quand je louerai mon prochain trou à rats. Enfin, trève d'envies futiles, sachez juste que si vous allez à New York, il faut passer par les Cloisters.
Ensuite, je suis retournée à la maison mère (le Met) pour déjeuner et remplir mes tâches quotidiennes. Aujourd'hui, avec Evalyn, on s'est bien marrées à réparer des notices de livres anciens en latin et en français, on s'amuse d'un rien. Sinon, j'ai aussi re-vérifié tous les livres auparavant passés en revue par une volunteer, parce que Holly n'avait pas confiance (!). Voilà un travail utile: refaire le travail de quelqu'un d'autre (ceci dit, effectivement, la vieille en question - car les volontaires sont souvent des vieux - avait fait pas mal de boulettes). Le truc qui me fait flipper, c'est de penser que, peut-être, Holly fait aussi vérifier mon travail par une tierce personne, qui elle même.., bref, un peu la version moderne du mythe de Sisyphe (rappelons que Camus, dans son essai le Mythe de Sisyphe, qualifie ce dernier "d'ultime héros absurde" ce qui finalement n'est pas loin de la condition de tout bibliothécaire qui se respecte.)
Après cet encart mythologique et hautement philosophique (quand je vous disais que mon blog allait passer à la postérité), je tiens à vous raconter ma soirée qui justifie à elle seule le titre de ce bel article.
Vous n'êtes sans doute pas sans vous rappeler que demain, je fais une petite soirée en l'honneur de moi-même et que j'ai invité tous ceux de la bibliothèque qui seraient motivés pour venir. On devrait être une quinzaine. J'ai décidé de me craquer et de préparer de la bouffe, pour les éblouir avec mes talents multiples et rester à la hauteur de ma réputation de Française.
J'ai donc prévu trois plats très nouvelle cuisine: un cake chèvre noix raisins, une salade de pâtes, et un crumble aux pommes. Là dessus, je vais faire les courses.
Alors déjà, je change de supermarché parce que j'aime l'aventure. Je me rends donc à l'Amish Market (?) et je tente de remplir mon panier. Farine, farine, où est la farine? Ah, et il me faut aussi de la levure.. Tiens? ça doit être ce petit paquet amusant. Et puis des noix aussi. QUOI? 5 $ les 10 pauvres noix? Je vais les remplacer par des Corn Flakes. Du fromage de chèvre... gargl, au prix de l'or. Allons, cette feta pasteurisée fera bien l'affaire. Etc.
Munie de mes précieuses provisions, je rentre et, pendant que Claire et Bruno vont voir le Fantôme de l'Opéra (ils vous raconteront), je me lance dans la confection de mes plats.
La recette, pas de problème: je l'ai imprimée sur Marmiton. Mmm.. Où est la balance? Crotte, ma proprio n'a qu'un verre doseur.. Et bien sûr, il est en Oz et en Pound (crétins d'anglais). C'est pas grave, ah! ah, je vais faire au pif. Alors donc, la farine (spatch), les oeufs, le lait, un reste de gruyère, la feta sans goût, et la levure.. Tiens? Elle n'est pas blanche.. c'est marrant, ça me fait penser à.. Zut! De la levure de boulanger! C'est pas grave, ça va marcher quand même! Je rajoute les raisins et je vais laisser gonfler la pâte sur le radiateur. Pendant ce temps, je peux faire cuire les oeufs durs (et les pâtes à la Boudoni) et éplucher mes pommes (pour le crumble de demain, je les mettrai dans un tupperware. Faut dire que je travaille jusqu'à 17h et qu'ils vont arriver à 18h30. M'enfin.)
Quand je reviens voir ma pâte, qui était dans la pièce tropicale, elle a gonflé et avalé la fourchette. Je dois libérer l'ustensile et mettre le tout dans un moule à cake.. Mais où est-il, ce moule? Le temps de faire descendre un moule en fonte du haut d'un placard, je me rends compte que le moule en verre est plus adapté à mon cake-brioche. Je mets le four sur 570 (ben oui, c'est des Farenheit, donc on met ce qu'on veut, on s'en fout) et la chose dans le four.
30 minutes après (ça cuit vite.. 570 ça doit être fort), vous me croyez ou pas, mais le cake a presque une bonne gueule. C'est fou. Et pour être sûre qu'elle est bien réussie, ma gerboulade, c'est mes amis qui goûtent chaque cake!
Mère cracra : les bons produits comme à l'ancienne
Vous me direz: mais que faisais tu dehors au lieu de travailler (feignasse)? C'est que ce matin, j'avais rendez-vous avec Tina, qui partage son temps de travail entre le Met et les Cloisters. Là, j'entends les incultes dire: quoi? Les Clusters (de Nestlé)? Elle est dans la céréale, maintenant? Eh bien non, les Cloisters sont une section du Metropolitan consacrée à l'art médiéval, et comme on s'en doute, les églises, les abbayes, et les cloitres (d'où le nom).
Cet endroit extraordinaire, bâti dans les années 30 (de notre siècle, hein), abrite des portions de quatre cloitres arrachés à la mère patrie, à savoir Saint Michel de Cuxa, Saint Guilhem le Désert, Bonnefont en Comminges, Trie en Bigorre, et Froville (des noms qui sentent le terroir). D'ailleurs, à ce sujet, quiconque a lu "Le club des cinq et le coffre aux merveilles" a en mémoire la description à peine chauvine des vilains américains vulgaires qui volent les précieux monuments de la vieille Europe, je vous conseille à tous la lecture de ce chef d'oeuvre immortel d'Enid Blyton.
Pour en revenir à notre sujet, j'ai vraiment adoré, d'abord parce que le musée est situé au milieu d'un parc lui même à l'extrémité nord de l'île de Manhattan, coincé entre l'Hudson et l'East River, et que la marche d'approche réveille des instincts de moine solitaire; ensuite, parce qu'il dégage vraiment une ambiance très particulière, et en plus le matin, quand la foule des sales touristes (rôôô) n'est pas encore arrivée, on a le musée et ses mille trésors pour soi.
Et donc, j'avais rendez vous avec Tina, la bibliothécaire, qui m'a présenté son fellow librarian (la bibliothèque est petite, donc ils ne sont que deux) et nous avons fait le tour du musée. Dans les salles, bien sûr, où j'ai pu repérer une spendide cage d'escalier en bois sculpté piqué à Abbeville, la tapisserie de la chasse à la licorne et une annonciation pas piquée des vers, mais aussi dans les coulisses de l'institution. Et c'est là que j'ai su: je veux, plus tard, être conservateur des Cloisters. Quoi, me dites vous, mais toi qui aimais tant l'art romain, te voilà à fond dans le médiéval (gourde)? Non, mais c'est juste qu'on a pu visiter le bureau du directeur, dans la tour, là,
au dernier étage, et qu'il doit bien avoir 50m2 de bureau, bien chauffés, avec vue sur les deux fleuves, et notamment la rive d'en face qui avait été achetée par Rockefeller (un des mécènes du musée) pour justement avoir une belle vue. C'est original, non? "J'achète un terrain, mais j'achète aussi tous les terrains dans un rayon de 300 km, comme ça je suis sûr d'avoir une belle vue pour toujours..." J'en parlerai à mon cheval, quand je louerai mon prochain trou à rats. Enfin, trève d'envies futiles, sachez juste que si vous allez à New York, il faut passer par les Cloisters.
Ensuite, je suis retournée à la maison mère (le Met) pour déjeuner et remplir mes tâches quotidiennes. Aujourd'hui, avec Evalyn, on s'est bien marrées à réparer des notices de livres anciens en latin et en français, on s'amuse d'un rien. Sinon, j'ai aussi re-vérifié tous les livres auparavant passés en revue par une volunteer, parce que Holly n'avait pas confiance (!). Voilà un travail utile: refaire le travail de quelqu'un d'autre (ceci dit, effectivement, la vieille en question - car les volontaires sont souvent des vieux - avait fait pas mal de boulettes). Le truc qui me fait flipper, c'est de penser que, peut-être, Holly fait aussi vérifier mon travail par une tierce personne, qui elle même.., bref, un peu la version moderne du mythe de Sisyphe (rappelons que Camus, dans son essai le Mythe de Sisyphe, qualifie ce dernier "d'ultime héros absurde" ce qui finalement n'est pas loin de la condition de tout bibliothécaire qui se respecte.)
Après cet encart mythologique et hautement philosophique (quand je vous disais que mon blog allait passer à la postérité), je tiens à vous raconter ma soirée qui justifie à elle seule le titre de ce bel article.
Vous n'êtes sans doute pas sans vous rappeler que demain, je fais une petite soirée en l'honneur de moi-même et que j'ai invité tous ceux de la bibliothèque qui seraient motivés pour venir. On devrait être une quinzaine. J'ai décidé de me craquer et de préparer de la bouffe, pour les éblouir avec mes talents multiples et rester à la hauteur de ma réputation de Française.
J'ai donc prévu trois plats très nouvelle cuisine: un cake chèvre noix raisins, une salade de pâtes, et un crumble aux pommes. Là dessus, je vais faire les courses.
Alors déjà, je change de supermarché parce que j'aime l'aventure. Je me rends donc à l'Amish Market (?) et je tente de remplir mon panier. Farine, farine, où est la farine? Ah, et il me faut aussi de la levure.. Tiens? ça doit être ce petit paquet amusant. Et puis des noix aussi. QUOI? 5 $ les 10 pauvres noix? Je vais les remplacer par des Corn Flakes. Du fromage de chèvre... gargl, au prix de l'or. Allons, cette feta pasteurisée fera bien l'affaire. Etc.
Munie de mes précieuses provisions, je rentre et, pendant que Claire et Bruno vont voir le Fantôme de l'Opéra (ils vous raconteront), je me lance dans la confection de mes plats.
La recette, pas de problème: je l'ai imprimée sur Marmiton. Mmm.. Où est la balance? Crotte, ma proprio n'a qu'un verre doseur.. Et bien sûr, il est en Oz et en Pound (crétins d'anglais). C'est pas grave, ah! ah, je vais faire au pif. Alors donc, la farine (spatch), les oeufs, le lait, un reste de gruyère, la feta sans goût, et la levure.. Tiens? Elle n'est pas blanche.. c'est marrant, ça me fait penser à.. Zut! De la levure de boulanger! C'est pas grave, ça va marcher quand même! Je rajoute les raisins et je vais laisser gonfler la pâte sur le radiateur. Pendant ce temps, je peux faire cuire les oeufs durs (et les pâtes à la Boudoni) et éplucher mes pommes (pour le crumble de demain, je les mettrai dans un tupperware. Faut dire que je travaille jusqu'à 17h et qu'ils vont arriver à 18h30. M'enfin.)
Quand je reviens voir ma pâte, qui était dans la pièce tropicale, elle a gonflé et avalé la fourchette. Je dois libérer l'ustensile et mettre le tout dans un moule à cake.. Mais où est-il, ce moule? Le temps de faire descendre un moule en fonte du haut d'un placard, je me rends compte que le moule en verre est plus adapté à mon cake-brioche. Je mets le four sur 570 (ben oui, c'est des Farenheit, donc on met ce qu'on veut, on s'en fout) et la chose dans le four.
30 minutes après (ça cuit vite.. 570 ça doit être fort), vous me croyez ou pas, mais le cake a presque une bonne gueule. C'est fou. Et pour être sûre qu'elle est bien réussie, ma gerboulade, c'est mes amis qui goûtent chaque cake!
Mère cracra : les bons produits comme à l'ancienne
